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Pionnier et l'aviation et héros de guerre

Le stade des Internationaux de France ne porte pas le nom d’un champion de tennis. Mais Roland Garros a marqué l’histoire, lui aussi. Loin de la terre.

Aussi étonnant que cela puisse paraître, l’histoire de celui qui a donné son nom à l’un des stades les plus mythiques de la planète tennis n’est pas si connue que ça. Et il faut reconnaître qu'il est assez inattendu que le patronyme d’un aviateur - car c’est pour cette raison que le dénommé Garros est passé à la postérité - soit associé à un site où l’on pratique le tennis. C’est l’une des originalités historiques des Internationaux de France et un hommage mérité à un homme qui fut un pionnier et un héros. 

Roland Garros n’a pratiquement pas pratiqué le tennis même si c’est un sportif accompli. Dans sa jeunesse, il s’est distingué en football, rugby ou cyclisme, la petite Reine lui permettant même de recouvrer des capacités respiratoire affaiblies par une pneumonie à l’âge de 12 ans.

Mais pour ce garçon né à Saint-Denis de la Réunion le 6 octobre 1888, diplômé de HEC, créateur d’entreprise à 21 ans - une concession automobile non loin de l’Arc de Triomphe - le choc de sa vie a lieu en août 1909. Invité en Champagne par un ami, il assiste à son premier meeting aérien et tombe totalement sous le charme de ces folles machines. Comme Garros ne fait jamais rien à moitié, il s’achète immédiatement un appareil, apprend à le piloter tout seul, puis passe ensuite son brevet.

Une première en Méditerranée

Deux ans après la naissance de cette passion dévorante, le voilà qui bat déjà un premier record record d’altitude, 6 septembre 1911, avec 3 910 mètres, après avoir décollé de la plage d’Houlgate. Puis les courses et les meetings aériens s’enchainent. Garros étonne par son audace et son inventivité. Il devient très vite une vedette de la discipline. On se presse par centaine de milliers en Europe comme en Amérique du Sud pour assister à ses évolutions.

Roland Garros voit plus grand encore et veut survoler les mers. Il se lance un nouveau défi : traverser la Méditerranée, du jamais vu à l’époque. Le 23 septembre 1913, il va relier Saint-Raphaël à Bizerte sur son monoplan Morane-Saulnier. Une épopée de près de huit heures.

Parti à 5h47, avec son bord 200 litres d’essence et de 60 litres d’huile de ricin, Garros, malgré deux pannes que ce génie de la mécanique réussit à régler rapidement, se pose en Tunisie à 13h40 après avoir parcouru quelque 780 kilomètres. Il lui reste… cinq litres de carburant. Cet exploit fait de lui l’un des chouchous du tout Paris. Jean Cocteau, entre autres, devient son ami. Le poète et cinéaste, que Garros fait parfois voler, lui dédiera même un texte, "Le Cap de Bonne Espérance".

Inventeur de la première mitrailleuse embarquée

Lorsqu’éclate la Première guerre mondiale, ce pianiste émérite s’engage dans le conflit. A l’époque, l’armement des aéronefs est quasi nul ou presque. L’âme de précurseur et d’inventeur de Roland-Garros va une nouvelle fois faire la différence : il met au point le premier chasseur monoplace doté d’une mitrailleuse tirant à travers l’hélice. Une révolution. Il retourne au front équipé son nouveau dispositif de tir.

Début avril 1915, le sous-lieutenant Garros enregistre trois victoires consécutives en quinze jours mais il est touché par la DCA allemande au-dessus de la Belgique. Contraint de se poser, il est fait prisonnier avant d’avoir pu mettre le feu à avion. Son invention est donc tombée entre les mains de l’ennemi. Qui saura s’en inspirer.

Il faut attendre trois ans avant que cette forte tête ne réussisse à s’échapper, grossièrement déguisé en officier allemand. Mais la captivité a sérieusement dégradé sa santé. Il est notamment rattrapé par sa myopie et doit se faire confectionner des lunettes en cachette afin de conserver le droit de piloter. Même si Clémenceau veut le garder auprès de lui comme conseiller, Garros l’obstiné repart au combat. Son audace, cette fois, lui sera fatal : il est abattu le 5 octobre 1918 au dessus des Ardennes, non sans avoir gagné un quatrième duel.

Héros de la Grande guerre, pionnier de l'aviation, Roland-Garros est aussi un homme qui suscite des amitiés solides. C'est ainsi que dix ans après son décès, en 1928, le stade de tennis amené à servir d'écrin aux Mousquetaires en vue de la défense de leur titre en Coupe Davis est baptisé à son nom, à la demande d'Emile Lesueur, président du Stade Français, ancien condisciple de Garros à HEC... et dont l'aviateur avait parrainé l'entrée au Stade Français plusieurs décennies auparavant.

Alors, oui, Roland Garros a entretenu des liens ténus avec le tennis. Mais peu de stades dans le monde portent le nom d’un homme ayant fait preuve d’autant de volonté, d’intelligence ou de courage. Des valeurs cardinales pour ceux qui visent le titre suprême Porte d’Auteuil. Les pieds bien sur terre…

Lire aussi : Roland-Garros, naissance d'un stade

© photo Musée de l’air et de l’espace-Le Bourget

Hélice appartenant à l'aviateur Roland Garros

"La victoire appartient au plus opiniâtre." Aphorisme attribué à Napoléon Ier et que Roland Garros avait fait sien... au point de l'inscrire sur les hélices de ses avions. Une phrase qui convient tellement bien aussi aux champions vainqueurs du tournoi de Roland-Garros...